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Gabon : Le vrai péril n’est pas le pouvoir, mais la médiocrité de ceux qui l’exercent

Gabon : Le vrai péril n’est pas le pouvoir, mais la médiocrité de ceux qui l’exercent© 2026 D.R./GabonScoop

Le Gabon en mode Ve République n’est pas seulement confronté à une crise de résultats, à une fatigue institutionnelle ou à une impatience sociale devenue presque structurelle. Le mal est plus profond. Il tient à une déformation persistante de l’autorité. Trop souvent, dans ce pays, le pouvoir n’est ni compris comme une charge, ni assumé comme une responsabilité. Il est saisi comme un privilège, exhibé comme une supériorité et exercé comme une revanche.

C’est là l’un des drames les plus constants de notre vie publique. Dès qu’une parcelle d’autorité tombe entre certaines mains, le service disparaît et la démonstration commence. Le poste devient un trône de fortune. La fonction se transforme en instrument d’écrasement. L’homme cesse de servir l’institution ; il s’en sert pour se grandir artificiellement. Et plus il est intérieurement vide, plus il éprouve le besoin de remplir l’espace par le bruit, la rigidité, la menace ou l’arrogance.

Le pouvoir ne civilise pas, il révèle

Il faut cesser de répéter que le pouvoir change les hommes. Le pouvoir ne change presque rien : il expose. Il met à nu les fragilités, les vanités, les frustrations et les faiblesses que les circonstances ordinaires dissimulaient encore. Donnez à un être mesuré un peu d’autorité, il la mettra au service de l’ordre et de l’équilibre. Donnez-en à un esprit étroit, il en fera un appareil de domination.

Au Gabon, cette vérité saute aux yeux à tous les étages. Il ne s’agit pas seulement des sommets de l’État. Le phénomène irrigue l’administration, les hiérarchies intermédiaires, les espaces politiques, parfois même les lieux les plus ordinaires de la vie publique. Combien de petits chefs, de gardiens dérisoires d’un fragment de pouvoir, se comportent comme si leur signature valait une loi, comme si leur humeur faisait office de règle, comme si leur fonction les autorisait à humilier, à bloquer ou à rabaisser ?

Une autorité devenue théâtre de la petitesse

Ce qui frappe, ce n’est pas la grandeur de cette autorité. C’est au contraire sa petitesse. Elle n’élève rien, elle ne protège rien, elle n’organise presque rien. Elle s’épuise à rappeler qu’elle existe. Elle vit dans l’injonction, dans la crispation, dans l’obsession de se faire craindre. Elle ne construit pas l’obéissance légitime ; elle installe la soumission de circonstance. Or une société ne se gouverne pas durablement par l’irritation des citoyens.

Le plus inquiétant, c’est que cette pathologie de l’autorité a fini par se banaliser. Trop de Gabonais ont été habitués à voir la brutalité passer pour de la fermeté, la distance hautaine pour de la stature, l’abus pour de l’efficacité. Celui qui parle fort est pris pour un homme fort. Celui qui impose sans expliquer est présumé compétent. Celui qui méprise les autres donne parfois l’illusion de maîtriser la situation. Nous avons trop longtemps confondu la posture avec la consistance.

Le faux pouvoir prospère sur le silence des autres

Mais les dérives de l’autorité ne tiennent jamais par la seule volonté de celui qui l’exerce mal. Elles prospèrent parce qu’autour d’elles s’organisent des complicités, des peurs, des renoncements et des flatteries. Le faux pouvoir a besoin de relais. Il lui faut des gens pour applaudir ce qui devrait inquiéter, justifier ce qui devrait scandaliser et suivre ce qui devrait être contesté.

Il faut avoir le courage de le dire : une part du problème gabonais réside aussi dans notre tolérance collective à l’égard de l’arbitraire. Trop souvent, l’on s’accommode de l’inacceptable dès lors qu’il vient d’en haut. L’on excuse les excès au nom du rang, du réseau, du camp ou de la proximité avec le centre de décision. À force de courber l’échine devant l’abus, on finit par fabriquer soi-même les monstres d’autorité que l’on déplore ensuite.

Le respect ne naît ni du poste ni du vacarme

Or le respect véritable ne s’arrache pas à coups d’intimidation. Il ne sort ni d’un décret, ni d’un uniforme, ni d’un bureau climatisé, ni d’un cortège officiel. Il ne tient pas au nombre de personnes qui se lèvent quand quelqu’un entre dans une pièce. Il tient à la cohérence entre la parole et l’acte, entre la fonction exercée et la dignité avec laquelle elle l’est.

Le Gabon a précisément besoin de cette autorité-là : une autorité sobre, solide, lisible, capable de décider sans humilier, de corriger sans écraser, de commander sans se prendre pour un monarque local. Une autorité qui n’ait pas besoin de surjouer sa force parce qu’elle repose déjà sur une légitimité morale. Une autorité qui inspire d’abord par l’exemple, et non par la peur qu’elle entretient autour d’elle.

Le pays attend une rupture de comportement, pas seulement un changement d’hommes

Voilà pourquoi la question gabonaise n’est pas seulement institutionnelle. Elle est aussi comportementale, presque anthropologique. On peut changer des équipes, rebattre des cartes, renouveler des visages, promulguer de nouveaux textes, promettre des réformes et invoquer le renouveau. Mais si la vieille culture de l’arrogance, de l’abus et de l’emprise reste intacte, rien de fondamental ne changera.

Le pays n’attend pas uniquement de nouveaux dirigeants. Il attend une autre manière d’habiter l’autorité. Il attend des responsables qui comprennent qu’exercer un pouvoir ne les place pas au-dessus du peuple, mais davantage sous l’obligation de le respecter. Il attend des administrateurs qui sachent qu’un poste n’agrandit pas un homme ; il révèle seulement sa vraie dimension. Et si cette dimension est médiocre, la fonction devient un amplificateur de nuisance.

Ceux qui en font le plus sont souvent les moins prêts

Il existe, à cet égard, un indice qui ne trompe presque jamais. Ceux qui sont réellement prêts à porter une charge ne passent pas leur temps à la mettre en scène. Ils n’ont pas besoin de hausser le ton à chaque phrase, de rappeler leur rang à chaque instant, de faire sentir leur présence comme une menace diffuse. Ils savent ce qu’ils valent. Ils n’ont donc pas besoin d’écraser pour exister.

À l’inverse, ceux qui surjouent l’autorité révèlent souvent, sans le vouloir, leur propre faiblesse. Ils compensent par la dureté ce qu’ils n’ont pas en épaisseur. Ils réclament à la peur le respect qu’ils sont incapables d’inspirer par la stature. Ils font beaucoup de bruit parce qu’au fond d’eux-mêmes, tout tremble. Et c’est ainsi que des hommes fragiles deviennent dangereux dès qu’on leur confie un peu de pouvoir.

Le Gabon doit sortir de la fascination pour les faux hommes forts

L’un des tournants décisifs pour notre pays consistera à rompre avec cette vieille fascination pour les figures autoritaires de pacotille. Le Gabon n’a pas besoin d’hommes qui impressionnent. Il a besoin d’hommes qui tiennent. Il n’a pas besoin de chefs qui occupent l’espace. Il a besoin de responsables qui élèvent les standards. Il n’a pas besoin de voix tonitruantes. Il a besoin de consciences stables.

Il faudra bien, un jour, que la société gabonaise cesse d’applaudir ceux qui confondent domination et leadership. Il faudra bien qu’elle retire sa légitimité à toutes ces formes d’autorité factice qui prospèrent sur l’intimidation, la vanité et la mise en scène de soi. Il faudra bien qu’elle comprenne qu’un pays ne se redresse pas avec des hommes ivres de leur propre importance, mais avec des femmes et des hommes capables de maîtrise, de retenue et de sens du bien commun.

La reconstruction commence par une exigence morale

Au fond, le problème du Gabon n’est pas l’existence du pouvoir. Toute société a besoin d’autorité, d’ordre et d’arbitrage. Le vrai problème, c’est la qualité morale de ceux qui l’exercent et la complaisance de ceux qui les entourent. Tant que le pouvoir continuera de servir de refuge aux ego fragiles, aux consciences courtes et aux tempéraments revanchards, il produira plus de dégâts que de solutions.

La reconstruction gabonaise ne passera donc pas seulement par les institutions. Elle passera aussi par une réhabilitation de la tenue, de la mesure, de la responsabilité et de la dignité dans l’exercice de l’autorité. C’est à cette condition que le pouvoir cessera d’être un masque pour les médiocres et redeviendra, enfin, une charge au service de tous.

Je peux aussi te faire une version encore plus tranchante, calibrée comme une tribune de presse avec une chute très sévère.

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