Infrastructures en ruines et fuite à pied
L’axe routier du canton Douami-Mouembi, communément appelé "route Pela", desservait autrefois les villages de Mandilou, Nguenda, Mabala et Mississa. Aujourd’hui, il est dans un état de dégradation si avancé qu’aucun véhicule ne s’y aventure plus. Les ponts, rongés par le temps et emportés par les flots au fil des saisons, ont purement et simplement disparu de la carte.
La conséquence directe de cette coupure totale avec le reste du pays est dramatique : les populations fuient massivement. Contraints à l’exil pour survivre ou trouver de meilleures conditions de vie, de nombreux habitants se résignent à rallier Moabi à pied, portant leurs maigres effets personnels avec eux, faute de moyens de transport.
L’administration locale jette l’éponge
Le délabrement est tel que la notion même de présence étatique s’est évaporée. Face à l’absence criante des conditions minimales requises pour vivre et travailler, les autorités locales ont fini par déserter. Le chef de canton, à l’instar de plusieurs chefs de village, a quitté ses fonctions.
Le désespoir et le sentiment d’isolement règnent en maîtres chez ceux qui connaissent encore la réalité du terrain. « Nous n’avons plus de route. Aucun véhicule ne passe ici depuis des années. Nous sommes abandonnés à nous-mêmes » , a confié, sous le sceau de l’anonymat, un chef de village impuissant face à ce désastre.
Le péril des éléphants comme coup de grâce
À ce calvaire infrastructurel s’ajoute une menace constante et mortelle : le conflit homme-faune. Les éléphants, qui prolifèrent dans la région, font des ravages. Leurs incursions ne se limitent plus à la simple destruction des cultures vivrières ; elles occasionnent d’importants dégâts matériels et ont même causé la perte tragique de vies humaines, aggravant une situation déjà intenable.
Ce cocktail mortifère entre isolement géographique et insécurité permanente a définitivement brisé la résilience des populations locales. Serge M., un cadre de la localité, dresse un constat amer et sans appel sur ce qui s’apparente désormais à un village fantôme : « Comme vous le voyez, il n’y a plus personne là-bas. La route est coupée, les ponts ont disparu. Qui peut encore vivre au milieu des éléphants ? » .



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